Savoir lire la vigne : comment différencier les cépages avant même les vendanges

Au détour d’une parcelle de vignes, avez-vous déjà essayé de deviner le cépage qui se cache derrière les feuilles et les grappes ? Si les raisins sont souvent le premier indice auquel on pense, ils ne sont pas les seuls à révéler l’identité d’une variété de vigne. Le cep, la forme des feuilles, la disposition des grappes ou encore l’aspect des baies sont autant de caractéristiques qui permettent d’affiner ses observations.

Reconnaître un cépage, c’est apprendre à regarder la vigne autrement, en prêtant attention aux petits détails qui la rendent unique. Qu’il s’agisse de distinguer un Merlot d’un Cabernet Sauvignon ou simplement de mieux comprendre la diversité des vignes qui nous entourent, quelques repères visuels peuvent faire toute la différence et être porteur d’enseignements.

Suivez le guide pour découvrir les principaux éléments à observer afin d’identifier un cépage dans la vigne : une véritable initiation à l’observation ampélographique !

 

Le cépage

Les cépages sont les différentes variétés de vignes qui produisent soit du raisin de table soit du raisin de cuve. L’identification des cépages repose sur l’analyse de plusieurs critères morphologiques, notamment la couleur des bourgeons et des baies, la forme des feuilles et des rameaux, la taille des grappes ainsi que le stade de maturité physiologique. L’ampélographie est la science qui étudie les vignes et les cépages et dont le nom provient de l’association de 2 mots grecs : ampelos (vigne) et graphein (écrire). Elle repose précisément sur l’observation des bourgeons, feuilles, nervures, baies, grappes, rameaux et inflorescences pour distinguer les variétés de cépages. Elle permet d’identifier ainsi les différents cépages et de caractériser chacun selon sa période de floraison, sa précocité, son comportement au fil des saisons, son potentiel de production, ses bourgeons, sa sensibilité aux maladies et aux parasites, ainsi que la qualité des raisins et du vin qui en est issu.

 

Les premiers indices : le cep et le feuillage

Le cep

  • Le port de la vigne : dressé, retombant, vigoureux ou plus discret. Le port de la vigne peut contribuer à l’identification d’un cépage en observant la manière dont les rameaux se développent et s’organisent sur le cep. Selon le cépage, les rameaux peuvent présenter un port dressé, semi-dressé ou retombant. Ces caractéristiques permettent de distinguer certaines variétés de vigne. Toutefois, le port de la vigne dépend également du mode de conduite, de la taille, de la vigueur du cep et des conditions environnementales. Il constitue donc un critère complémentaire mais non déterminant dans l’identification du cépage.
  • Les entre-nœuds : ils correspondent aux portions du rameau situées entre deux nœuds, où s’insèrent notamment les feuilles et les bourgeons. Les entre-nœuds peuvent contribuer à l’identification d’un cépage grâce à l’observation de leur longueur, de leur épaisseur, de leur forme et de leur coloration. Certains cépages présentent des rameaux aux entre-nœuds plutôt courts, tandis que d’autres peuvent avoir des entre-nœuds plus longs. Longs ou courts, ils varient selon la variété mais aussi selon la vigueur et les conditions climatiques.

Toutefois, pour une identification fiable, l’observation de ces deux critères n’est pas suffisante. Il est donc préférable d’observer plusieurs caractères du cep et de les comparer aux descriptions ampélographiques de référence.

Notez également que sur un même rang de vigne, des différences de ceps n’impliquent pas forcément une différence de cépage. En effet, l’âge, la charge et l’état sanitaire d’un cep peuvent profondément modifier son aspect général.

 

Le feuillage

Trois feuilles de vignes aux caractéristiques différentes.

Photos ©Canva

Lorsque vous vous baladerez au cœur des parcelles de vignes d’un vignoble, vous remarquerez sans nul doute que les feuillages sont variés. C’est pourquoi la feuille représente un organe particulièrement intéressant pour identifier et différencier les cépages, elle constitue même sans doute, avec la grappe de raisin, l’indice le plus évident au premier regard. En effet, grâce à ses critères distinctifs tels que la forme générale du limbe, le nombre de ses lobes (3, 5 ou plus) et leur découpage, la forme des dents sur le bord, la profondeur de l’ouverture des sinus pétiolaires, la couleur et la pilosité (présence et densité) sur les deux faces de la feuille, la feuille de vigne dévoile beaucoup.

La couleur de la feuille peut également apporter des indications complémentaires. En effet, la feuille adulte présente une coloration pouvant aller du vert clair au vert foncé, avec des nuances parfois assez caractéristiques : certains cépages tels que le Sémillion ou le Viognier ont un feuillage plus clair, d’autres plus bleuté (ex : le Tempranillo), glauque ou foncé (ex : Pinot noir, Merlot, Tannat). Avec l’âge, la teinte peut s’accentuer et certaines variétés prennent des reflets jaunâtres ou rougeâtres.

Par ailleurs, la taille de la feuille et l’aspect de ses nervures sont également des critères différenciants et distinctifs d’un cépage à l’autre. Les nervures présentes sur les feuilles modifient la forme des lobes, des sinus et des dents par leur nombre, leur disposition, leurs angles, leur saillie et leur pigmentation.

Il est cependant important de souligner que l’aspect des feuilles évolue au cours de la saison et peut être influencé par les conditions environnementales. Pour identifier un cépage avec davantage de précision, il est donc recommandé d’observer plusieurs feuilles adultes saines (une dizaine), idéalement entre la nouaison et la véraison, et de compléter cette analyse par l’étude des rameaux, des grappes et des baies. Par ailleurs, les feuilles peuvent varier avec l’âge, le porte-greffe, la vigueur et les conditions de culture. Une feuille seule ne permet donc pas toujours de distinguer deux cépages proches.

Il est donc indéniable que pour obtenir un résultat fiable dans l’identification du cépage, l’analyse du feuillage ne suffit pas, elle doit être complétée par l’observation d’autres organes de la vigne.

Les preuves irréfutables : grappes et baies

Cep de vigne avec plusieurs grappes de Merlot lors de la véraison au Château La Rose Perrière

Photos ©Canva

Lorsque la vigne est au pic de son développement végétatif et ses grappes de raisins en pleine maturité, la distinction entre les différents cépages est encore plus facilitée. Observez les grappes de raisins dans leur globalité puis affinez votre déduction en ciblant vos observations sur

  • la taille et la forme de la grappe : cylindrique, conique ou ramifiée.
  • sa compacité : grappe serrée ou aérée.
  • La taille et la forme des baies.
  • La couleur des raisins à maturité.

L’observation des baies, notamment leur taille, leur forme, leur couleur et l’épaisseur de leur pellicule, permet également d’affiner l’identification. Ces caractéristiques varient selon les variétés de vigne. Toutefois, elles peuvent également être influencées par les conditions climatiques, l’état sanitaire de la vigne et les pratiques culturales. Il est donc recommandé de compléter l’observation de la grappe par l’étude des feuilles, des rameaux et des autres caractères du cep afin d’obtenir une identification plus fiable.

Grappe de merlot et grappes de Sauvignon blanc

Prenons pour exemple le Merlot (à gauche sur la photo), cépage phare du vignoble bordelais et qui représente près de 70% de l’encépagement du vignoble du Château La Rose Perrière possède des feuilles souvent à 5 lobes, des grappes plutôt compactes et des baies noires à maturité. La feuille peut présenter un sinus pétiolaire ouvert ou plus ou moins chevauchant selon les individus.

Le Sauvignon blanc (à droite sur la photo) présente quant à lui des feuilles généralement à 5 lobes, des grappes de taille petite à moyenne et des baies vert-jaune à maturité.

Dernier indicateur : le calendrier de la vigne

Dernier indicateur pour vous aider dans l’identification des cépages d’un vignoble : le calendrier de la vigne grâce à l’observation des différentes étapes de leur développement au cours de l’année. Si vous avez l’occasion de passer régulièrement devant une parcelle de vigne, chacune des étapes phénologiques phares du développement végétatif de la vigne contribuera à dévoiler la typicité du cépage. Pourquoi ? Parce que chaque cépage présente des caractéristiques phénologiques qui peuvent varier, notamment les dates de débourrement, de floraison, de véraison et de maturité des raisins. Ainsi, la précocité ou la tardiveté de ces périodes pourront être comparées afin de distinguer certaines variétés de cépages. Par exemple, un cépage qui débourre tôt au printemps ou dont les baies atteignent la maturité avant celles des autres parcelles peut fournir un indice utile pour son identification. Toutefois, ces stades de développement sont également influencés par les conditions climatiques, la nature du sol et les pratiques viticoles. Le calendrier phénologique constitue donc un critère complémentaire fiable mais non exclusif dans l’identification des cépages.

 

En bref

Vous l’aurez compris, identifier un cépage dans une parcelle de vigne requiert l’observation de plusieurs caractéristiques complémentaires et différenciantes d’un cépage à l’autre, en tenant compte des spécificités liées à la région (terroir) et au millésime (conditions climatiques) car elles peuvent avoir un impact sur l’état général de la vigne. Apprendre à reconnaître les cépages dans la vigne, c’est comprendre l’origine du vin avant même de le déguster. Cette connaissance relie la plante, le terroir, le travail du vigneron et les caractéristiques du vin dans le verre. Elle permet de mieux comprendre le vignoble, de relier la vigne au vin et d’enrichir l’expérience finale de dégustation. Et plus largement, elle favorise la compréhension de l’identité d’un terroir et les choix de plantation propres à une région viticole. Pour l’amateur/trice de vins que vous êtes très certainement, reconnaître un cépage vous permettra d’affiner vos préférences en identifiant ceux dont les styles de vins vous plaisent tout particulièrement. Au château La Rose Perrière, ce ne sont pas moins de 10 cépages différents qui habillent nos parcelles argilo-calcaires et interviennent dans l’élaboration de nos vins bios d’assemblage ou monocépages : Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Sémillon, Sauvignon Blanc, Muscadelle, Syrah, Chardonnay, Malbec et Pinot noir.

 

10 bouteilles de la gamme de vins du Château La Rose Perrière sur le comptoir de dégustation

Gamme de vins du Château La Rose Perrière